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Le pouvoir d'être Africain
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Le pouvoir d'être Africain

Faire de ses racines une force : identité, confiance et ambition, de Kinshasa à Paris

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Le poids du regard des autres

Même quand tu as commencé à te libérer du complexe hérité, le regard des autres continue d'agir sur toi. Il ne s'agit pas seulement d'une impression : les chercheurs en psychologie ont étudié précisément comment les stéréotypes, les petites remarques et le sentiment de ne pas être à sa place influencent nos performances et notre bien-être. Comprendre ces mécanismes, c'est déjà commencer à les désamorcer.

La menace du stéréotype

En 1995, deux psychologues américains, Claude Steele et Joshua Aronson, publient une étude devenue célèbre. Ils font passer un test difficile à des étudiants noirs et blancs de l'université Stanford. Quand le test est présenté comme une mesure des capacités intellectuelles, les étudiants noirs obtiennent des résultats inférieurs. Quand le même test est présenté comme un simple exercice de résolution de problèmes, sans lien avec l'intelligence, l'écart se réduit fortement.

Steele et Aronson appellent ce phénomène la menace du stéréotype : quand une personne sait qu'un stéréotype négatif pèse sur son groupe, la peur de le confirmer crée une pression qui peut, à elle seule, diminuer ses performances. L'inquiétude occupe une partie de l'attention et de la mémoire de travail.

Depuis, des centaines d'études ont exploré ce phénomène, avec des femmes en mathématiques, des personnes âgées face aux tests de mémoire ou des élèves de milieux populaires. Certaines recherches récentes ont montré que l'effet est parfois plus faible ou plus variable que dans les premières études. Mais l'idée centrale reste éclairante : la pression du stéréotype peut te faire perdre une partie de tes moyens, sans que cela dise quoi que ce soit de tes capacités réelles.

Le syndrome de l'imposteur

En 1978, deux psychologues américaines, Pauline Clance et Suzanne Imes, décrivent un phénomène qu'elles observent chez des femmes ayant brillamment réussi : la conviction intime de ne pas mériter sa place, d'avoir réussi par chance ou par erreur, et la peur d'être un jour « démasqué ». Elles l'appellent le phénomène de l'imposteur.

Ce sentiment est très répandu, mais il touche particulièrement les personnes qui sont les premières, ou les seules, de leur groupe à accéder à un milieu : la première de la famille à faire des études supérieures, le seul Noir de l'entreprise, la seule Africaine du conseil d'administration. Quand personne autour de toi ne te ressemble, il est facile de croire que tu n'es pas à ta place.

Nadia, première de la famille

Nadia, fille d'un chauffeur de taxi et d'une femme de ménage originaires du Cameroun, entre dans une grande école de commerce à Paris. Dès la première semaine, elle est convaincue qu'une erreur administrative l'a fait admettre. Ses camarades parlent de stages obtenus grâce à un oncle, de vacances au ski, de codes qu'elle ne connaît pas. Elle n'ose pas parler en cours. Elle découvre plus tard, en discutant avec une enseignante, que ses résultats au concours étaient parmi les meilleurs de sa promotion. Elle n'était pas une imposteure. Elle était simplement seule.

Les microagressions

Le psychiatre afro-américain Chester Pierce a proposé en 1970 le terme de microagressions pour désigner les petites remarques, questions ou comportements, souvent non intentionnels, qui renvoient une personne à son origine ou à un stéréotype. Le psychologue Derald Wing Sue a approfondi cette notion à partir de 2007.

Quelques exemples que beaucoup reconnaîtront :

• « Tu viens d'où ? Non, mais vraiment ? »

• « Tu parles bien français ! » (à une personne née en France ou francophone depuis toujours)

• « Je peux toucher tes cheveux ? » (en tendant déjà la main)

• Être suivi par un vigile dans un magasin.

• Être pris pour l'agent d'entretien ou le livreur dans son propre lieu de travail.

Une microagression isolée peut sembler anodine. C'est leur accumulation, jour après jour, qui pèse : elle use, irrite, et finit par entamer la confiance.

Comment se protéger

• Nommer ce qui se passe. Savoir que la menace du stéréotype et le syndrome de l'imposteur existent, qu'ils ont été étudiés et qu'ils touchent des millions de personnes, réduit déjà leur pouvoir. Des études suggèrent que le simple fait d'expliquer ces phénomènes peut aider à en limiter les effets.

• Rappeler ses valeurs. Des chercheurs, dont Geoffrey Cohen, ont testé des exercices simples d'affirmation de soi : avant une épreuve, des élèves écrivent quelques lignes sur une valeur qui compte pour eux (la famille, la foi, la musique, l'amitié…). Dans plusieurs études, cet exercice a réduit les écarts de résultats, même si ses effets varient selon les contextes.

• Collectionner les preuves. Contre le syndrome de l'imposteur, tiens un « dossier des preuves » : les félicitations reçues, les objectifs atteints, les problèmes résolus. Relis-le quand tu doutes.

• Trouver ses semblables. Les associations d'étudiants, les réseaux professionnels de la diaspora, les mentors qui te ressemblent rompent la solitude qui nourrit l'imposture.

• Choisir ses combats. Toutes les microagressions ne méritent pas une réponse. Mais tu as le droit de répondre, calmement : « Pourquoi cette question ? », « Je suis né ici », « Non, je préfère que tu ne touches pas mes cheveux. »

Exercice : ton dossier des preuves

Crée aujourd'hui, dans ton téléphone ou ton carnet, un « dossier des preuves ». Mets-y :

• trois réussites dont tu es fier dans ton parcours scolaire ou professionnel ;

• trois compliments sincères que l'on t'a faits sur ton travail ;

• trois problèmes que tu as su résoudre.

Puis écris quelques lignes sur la valeur qui compte le plus pour toi, et pourquoi. Relis ce dossier avant chaque entretien, examen ou réunion importante.

À retenir

Le regard des autres agit réellement sur nous : la menace du stéréotype peut diminuer nos performances, le syndrome de l'imposteur nous fait douter de notre légitimité, les microagressions usent notre confiance. Ces phénomènes sont étudiés, répandus, et ils ne disent rien de tes capacités. Les nommer, rappeler ses valeurs, collectionner les preuves et trouver ses semblables permet de s'en protéger.

[ … fin de l'extrait … ]

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Au sommaire du livre complet

  1. Introduction : ce qu'on t'a appris à cacher
  2. 1. Le complexe hérité
  3. 2. Le poids du regard des autres
  4. 3. Entre deux mondes : ni d'ici ni de là-bas ?
  5. 4. Ton histoire est une puissance
  6. 5. Tes langues sont un trésor
  7. 6. La force du collectif, sans s'y perdre
  8. 7. La résilience dont tu as hérité
  9. 8. La créativité de la débrouille
  10. 9. Ton corps, tes cheveux, ton visage
  11. 10. Faire face au racisme sans s'y perdre
  12. 11. L'ambition sans complexe
  13. 12. Transmettre : ce que tu donneras à tes enfants
  14. 13. Bâtir depuis là où tu es
  15. Conclusion : ton manifeste