20 octobre 1952 : l'état d'urgence au Kenya, Kenyatta arrêté dans la nuit, les camps pour huit ans

Le 20 octobre 1952, le gouverneur britannique du Kenya, Sir Evelyn Baring, proclame l'état d'urgence. La nuit même, l'opération Jock Scott rafle les chefs nationalistes : six hommes, dont Jomo Kenyatta, président de la Kenya African Union, sont arrêtés. Ce coup de filet ouvre huit années de guerre coloniale, de camps et de potences.
Au cœur du conflit, la terre. Environ 30 000 colons blancs s'étaient approprié l'essentiel des sols fertiles des « white highlands », selon le Daily Nation, quand les Kikuyu, chassés de leurs terres, ne gardaient qu'un peu moins d'un quart des terres cultivables, d'après Herodote.net.
Le plus lu du moment19 octobre 1986 : Samora Machel tué dans le crash de Mbuzini, quarante ans sans verdict →L'assassinat du chef Waruhiu Kung'u, le 6 octobre 1952, sert de déclencheur : l'opération, validée le 14 octobre, s'appuie sur un bataillon de Lancashire Fusiliers acheminé en urgence, raconte le Daily Nation. À la radio, Baring assure avoir agi à contrecœur — une formule que le journal kényan qualifie de mensonge.
Six hommes jugés à 412 kilomètres de Nairobi
Jomo Kenyatta, Bildad Kaggia, Fred Kubai, Paul Ngei, Kung'u Karumba et Achieng' Oneko entrent dans l'histoire sous le nom de « Kapenguria Six ». On les juge à Kapenguria, bourgade du nord-ouest située à 412 km de Nairobi et choisie pour son isolement, selon The EastAfrican. Le 8 avril 1953, le juge Ransley Thacker condamne Kenyatta à sept ans de travaux forcés. Le procès manque sa cible : il fait du prisonnier un symbole. Le Kenya devient indépendant le 12 décembre 1963, avec Kenyatta à sa tête.
Huit ans de camps, des chiffres toujours disputés
L'état d'urgence n'est levé qu'en 1960. L'opération Anvil, en avril et mai 1954, passe au crible quelque 50 000 habitants de Nairobi ; une grande partie des Kikuyu est regroupée de force dans des villages contrôlés. Le nombre de détenus sans jugement reste contesté : environ 80 000 selon les chiffres officiels britanniques, « au moins 150 000 » selon l'historien David Anderson.
Le bilan humain divise encore les chercheurs. Les décomptes officiels recensent 11 503 combattants Mau Mau tués ; Anderson avance plus de 20 000 morts et 1 090 pendaisons, un record pour une colonie britannique de l'époque. Caroline Elkins défend des estimations bien plus élevées, contestées par d'autres historiens. En face, 32 colons européens figurent parmi les 1 875 civils dont les morts sont imputées aux Mau Mau.
Londres n'a bougé que le 6 juin 2013 : William Hague annonce au Parlement 19,9 millions de livres pour 5 228 plaignants kényans, reconnaît des faits de torture et de mauvais traitements et promet un mémorial à Nairobi — tout en niant toute responsabilité juridique. Au Kenya, le 20 octobre reste férié : ce Kenyatta Day est devenu Mashujaa Day, la journée des héros, après la Constitution de 2010.
À retenir
Le 20 octobre 1952, l'état d'urgence et l'arrestation des « Kapenguria Six » ont ouvert huit ans de camps et de pendaisons dont le bilan reste disputé. Soixante et un ans plus tard, Londres payait 19,9 millions de livres à 5 228 Kényans sans admettre sa responsabilité.
À lire aussi
Histoire14 octobre 1999 : mort de Mwalimu Nyerere, l'homme qui fit de Dar es Salaam la base arrière des libérations africaines
Histoire13 octobre 1961 : Louis Rwagasore abattu quinze jours après avoir pris la tête du Burundi
ActualitéTrump parle d'un « pays totalement différent » : Hargeisa y voit un pas vers la reconnaissance
Reçois l'actu africaine en direct sur ton téléphone
Gratuit, sans inscription : rejoins la chaîne Story Africa.
Cet article a été rédigé avec l'aide d'une intelligence artificielle à partir des sources citées ci-dessous.
Sources
- Daily Nation — Mau Mau's blood, sweat, tears: Kenya's dark phase during the 1952 state of emergency
- The EastAfrican — The case that immortalised Kenya's 'Kapenguria Six'
- EBSCO Research Starters — Mau Mau Uprising
- Herodote.net — 20 octobre 1952 : la révolte des Mau-Mau au Kenya
- London Review of Books — Bernard Porter sur « Histories of the Hanged » de David Anderson
- Gouvernement britannique — Statement to Parliament on settlement of Mau Mau claims (6 juin 2013)
- Daily Nation — From fasting to protests: a brief history of Heroes' Day


