4 octobre 1984 : le discours de Sankara qui a bousculé l'ONU

Le 4 octobre 1984, Thomas Sankara, 34 ans, président du Conseil national de la révolution du Burkina Faso, monte à la tribune de la 39e session de l'Assemblée générale des Nations unies, à New York. Il parle une quarantaine de minutes au nom d'un pays de sept millions d'habitants parmi les plus pauvres du monde.
Deux mois plus tôt, le 4 août 1984, la Haute-Volta était devenue le Burkina Faso, « le pays des hommes intègres » en mooré et dioula, au premier anniversaire du coup d'État qui avait porté Sankara au pouvoir. Le programme était dans le nom : rompre avec l'héritage colonial jusque dans le vocabulaire.
Un état des lieux sans fard
À la tribune, Sankara n'implore pas, il expose. Selon le texte publié par thomassankara.net et la traduction de World-Outlook, il cite 98 % d'analphabètes, une mortalité infantile de 180 pour 1 000 naissances, une espérance de vie de 40 ans, et un médecin pour 50 000 habitants.
Il refuse pourtant d'en faire une fatalité ou un appel à la charité, et rattache ces chiffres à une histoire : la traite, la colonisation, puis des mécanismes d'aide qui, selon lui, entretiennent la dépendance. D'où son appel à un nouvel ordre économique international. « Seule la lutte libère », résume-t-il.
Une tribune pour les causes du Sud
Le propos dépasse largement le Burkina Faso : Sankara y défend l'ANC contre l'apartheid, les droits du peuple palestinien et ceux du Sahara occidental, réclame la fin du droit de veto des grandes puissances et consacre un long passage à l'émancipation des femmes, condition de la révolution.
Les actes suivent : interdiction du mariage forcé, de la dot et de l'excision, environ deux millions de personnes vaccinées entre 1983 et 1985, dix millions d'arbres plantés en quinze mois, plus de 700 kilomètres de voie ferrée posés sans argent étranger lors de la « bataille du rail ». Le 29 juillet 1987, devant l'OUA à Addis-Abeba, il appellera les États africains à refuser ensemble de payer la dette.
Un bilan discuté, une mémoire vivante
Les bilans divergent : 98 % d'analphabètes devant l'ONU en 1984, mais une alphabétisation passée de 13 % en 1983 à 73 % en 1987 selon des sources encyclopédiques, estimation discutée par les historiens. Les atteintes aux libertés de ces quatre années, procès d'exception et syndicats muselés, font aussi partie du dossier.
Sankara est assassiné le 15 octobre 1987 à Ouagadougou avec douze de ses compagnons. Le 6 avril 2022, un tribunal militaire burkinabè a condamné à la perpétuité Blaise Compaoré, jugé par défaut, et deux coaccusés.
À retenir
Le 4 octobre 1984, Thomas Sankara a transformé le constat de la pauvreté de son pays en réquisitoire contre l'ordre économique mondial. Son discours prouve qu'une voix africaine peut imposer son récit à la tribune la plus écoutée du monde.
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Cet article a été rédigé avec l'aide d'une intelligence artificielle à partir des sources citées ci-dessous.