Magadi : le Kenya arrête l'usine de soude de Tata et exige une transformation locale

Le Kenya a ordonné l'arrêt des activités de Tata Chemicals Magadi, premier producteur de carbonate de sodium naturel du pays, et conditionne toute reprise au paiement de royalties, à la restitution de terres et à la transformation de la soude sur place. Dans un reportage publié le 24 septembre 2026, Al Jazeera détaille un bras de fer qui touche au cœur de la souveraineté minière africaine.
Un bail né en 1911
L'exploitation commerciale du lac Magadi, dans le comté de Kajiado, a commencé en 1911, sous un bail de 99 ans accordé en avril de la même année à la Magadi Soda Company, en pleine période coloniale, selon Pulse Kenya. L'actif est ensuite passé par Brunner Mond puis Imperial Chemical Industries, avant d'être racheté en décembre 2005 par le groupe indien Tata Chemicals.
En 2024, le Kenya a produit 264 921 tonnes de soude naturelle, quatrième rang mondial, dont près de 249 000 tonnes exportées vers la Thaïlande, l'Inde, la Tanzanie et l'Ouganda, toujours d'après Pulse Kenya. Plus de 95 % de la production de Tata part à l'étranger : c'est précisément ce que Nairobi veut changer.
« Les oublis du passé n'exonèrent pas »
Le ministre des Mines Hassan Joho reproche à l'entreprise l'absence de demande de droits miniers en règle, des manquements sur les royalties, les accords de développement communautaire, la transformation locale et l'emploi. Il résume sa position auprès d'Al Jazeera : les « oublis du passé » n'accordent aucune immunité face aux lois en vigueur. L'argument juridique du gouvernement tient à un changement de cadre : la Constitution de 2010 et la loi minière ont redéfini les obligations des opérateurs. Tata Chemicals, qui a déposé une première demande de droits miniers le 26 juillet 2024, contredit les accusations de non-conformité, dit avoir transmis une réponse complète le 11 août 2026 et attendre les instructions du ministère.
La suspension a été décidée en juillet 2026, puis le président William Ruto a ordonné l'arrêt des opérations le 3 septembre 2026. Le chef de l'État souhaite un nouvel investisseur capable d'installer des unités de verre et de chimie afin de retenir la valeur ajoutée au Kenya.
Kajiado réclame ses terres et 13 milliards de shillings
Le comté de Kajiado veut peser dans la négociation. Son gouverneur Joseph Ole Lenku a réclamé le 14 septembre 2026 le paiement de 13 milliards de shillings d'arriérés de taxes foncières et la restitution d'environ 189 000 acres : l'entreprise occupe plus de 200 000 acres alors que le gisement de sel n'en couvre que 11 000, selon Kenyans.co.ke. Le comté avait déjà chiffré à 17,45 milliards de shillings ses réclamations depuis 2013.
Sur place, les habitants sont partagés. Une résidente, Esther Nganoni, décrit l'entreprise comme « notre bouée de sauvetage », citant bourses, eau et services de santé, tandis que d'autres réclament davantage d'emplois qualifiés. Un ancien responsable local, Cosmas Karera Kiratu, met en garde contre une fermeture brutale dans une zone sans services de substitution.
Un comité technique conjoint doit désormais traiter la conformité légale, les royalties, les bénéfices communautaires et le foncier, avec l'hypothèse de plusieurs opérateurs sur le site. L'enjeu dépasse Magadi : il pose la question de ce qu'un pays africain retire réellement de ses propres minerais.
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Cet article a été rédigé avec l'aide d'une intelligence artificielle à partir des sources citées ci-dessous.