Nord-Kivu : passer par la police avant d'être soignée, la règle qui éloigne les victimes de viol
Société

Nord-Kivu : passer par la police avant d'être soignée, la règle qui éloigne les victimes de viol

5 novembre 2026 · 2 min de lecture

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  • MSF dénonce des mesures imposées dans l'est de la RDC : plainte préalable, blessures visibles, délai de 72 heures.
  • Dans certains centres, la prise en charge a chuté de 41 %.

Médecins sans frontières (MSF) a dénoncé, dans un communiqué publié le 2 novembre 2026, des mesures imposées au Nord-Kivu, dans l'est de la République démocratique du Congo, qui empêchent les victimes de violences sexuelles d'accéder aux soins. L'organisation désigne les autorités de fait de la province, le Front pour la refondation de la nation (FRN), ancien AFC/M23, et situe l'entrée en vigueur de ces règles au début de l'année 2026.

Selon MSF, une survivante doit désormais se présenter à la police avant d'être prise en charge. Les violences ne sont reconnues que si la personne porte des « signes visibles de blessures », et des examens physiques que l'organisation qualifie d'intrusifs et de médicalement inutiles sont exigés pour prouver l'agression. Les soins ne sont ouverts qu'à celles qui se présentent dans les 72 heures suivant les faits.

Des registres effacés

MSF affirme que des formulaires imposés aux structures de santé, y compris les siennes, réclament le nom et l'adresse des survivantes ainsi que des informations sur les auteurs présumés. Des soignants auraient été menacés de suspension, voire d'emprisonnement, s'ils ne s'y pliaient pas ; certains ont cessé de travailler.

Les chiffres avancés par l'organisation donnent la mesure du recul. Dans certains établissements qu'elle soutient, le nombre de personnes venues chercher ces soins a baissé de 41 % en août 2026 par rapport à janvier de la même année. Dans d'autres structures, on est passé d'environ 80 victimes accueillies chaque mois en 2025 à neuf seulement en 2026. Des dizaines d'enregistrements de consultations ont par ailleurs été effacés, et plusieurs centres ont cessé de les consigner pendant des mois.

« Une baisse du nombre de cas signalés ne signifie pas que les violences sexuelles sont en recul », a déclaré Akke Boere, directrice des opérations de MSF, citée dans le communiqué.

Un besoin qui, lui, ne faiblit pas

MSF, qui mène seize projets au Nord-Kivu, au Sud-Kivu et en Ituri, indique avoir soigné environ 45 000 victimes de violences sexuelles en RDC en 2024, puis 53 000 en 2025. Sur le seul premier semestre 2026, plus de 19 400 personnes ont été prises en charge au Nord-Kivu.

Les effets se font sentir au-delà des hôpitaux. Un responsable d'une organisation locale, qui a demandé l'anonymat, a expliqué à allAfrica avoir dû rebaptiser « cinquante femmes ciblées » un projet de réinsertion destiné à cinquante victimes de violences sexuelles.

MSF dit avoir pris acte d'engagements du FRN en octobre 2026, mais constate qu'aucune mesure corrective n'a été appliquée. L'organisation réclame des directives officielles aux autorités sanitaires et des soins qui ne dépendent ni d'un passage par la police ni d'une procédure judiciaire. Aucune réponse du FRN ne figure dans les sources consultées. Radio Okapi a relayé l'alerte le 5 novembre 2026.

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