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- Un saint égyptien longtemps peint en Européen, un peintre né esclave dont le portrait a battu des records sans qu'on cite son nom, un général effacé, une reine à l'écran : comment les images ont changé des visages de l'histoire, et comment on leur rend leur nom.
Nous connaissons la plupart des grandes figures du passé par des images : statues, tableaux, films. Mais ces images disent souvent autant de l'époque qui les a créées que des personnes qu'elles montrent. Voici cinq histoires, sources à l'appui.
Saint Maurice, un Égyptien aux traits européens
Selon les récits hagiographiques, Maurice est né vers 250 à Thèbes, en Haute-Égypte. Il aurait commandé la légion thébaine, une légion romaine dont les soldats chrétiens auraient été exécutés pour avoir refusé d'attaquer d'autres chrétiens. Pourtant, avant le XIIIe siècle, il est le plus souvent représenté avec des traits européens. La plus ancienne image connue qui le montre comme un homme à la peau foncée, en armure de chevalier, est une statue sculptée vers le milieu du XIIIe siècle pour la cathédrale de Magdebourg, en Allemagne, près du tombeau de l'empereur Otton Ier.
Juan de Pareja, un visage célèbre, un nom oublié
Juan de Pareja naît esclave dans le sud de l'Espagne, vers 1610. Il travaille dans l'atelier du grand peintre Diego Velázquez. À Rome, en 1650, Velázquez fait son portrait, exposé au Panthéon le 19 mars de la même année. Le 23 novembre 1650, il lui accorde une lettre de liberté, effective quatre ans plus tard. Pareja devient ensuite peintre indépendant à Madrid. Dans sa Vocation de saint Matthieu (1661), conservée au musée du Prado, il s'est représenté lui-même, à gauche du tableau.
Le portrait peint par Velázquez a eu un destin étonnant. En 1801, lors d'une vente chez Christie's, le catalogue le décrit comme le « portrait d'un esclave maure, qui était à son service et devint un grand peintre », sans le nommer. Le 27 novembre 1970, il est vendu chez Christie's, à Londres, pour 2 310 000 livres sterling : c'est le premier tableau vendu plus d'un million de livres aux enchères. Il est aujourd'hui au Metropolitan Museum of Art de New York, qui a consacré en 2023 une exposition à « Juan de Pareja, peintre afro-hispanique ».
Le général Dumas, la statue disparue
Thomas-Alexandre Dumas naît le 25 mars 1762 à Saint-Domingue, l'actuelle Haïti. Il est le fils d'un noble français, le marquis Alexandre Antoine Davy de la Pailleterie, et de Marie-Cessette Dumas, une femme d'ascendance africaine qu'il réduisait en esclavage. Emmené en France par son père en 1776, il s'engage en 1786 comme simple soldat dans un régiment de dragons. Il devient le premier Noir de l'armée française à atteindre les grades de général de brigade, de général de division puis de général en chef. Il est le père de l'écrivain Alexandre Dumas.
Une statue du général Dumas est installée à Paris, place Malesherbes, en 1913, après une souscription soutenue notamment par Anatole France et Sarah Bernhardt. Elle est détruite pendant l'hiver 1941-1942. En 2009, une sculpture en son honneur, œuvre de Driss Sans-Arcidet, est installée sur la même place, devenue place du Général-Catroux.
Cléopâtre, de la monnaie au cinéma
Cléopâtre VII appartient à la dynastie des Ptolémées, fondée par Ptolémée Ier, un général grec macédonien compagnon d'Alexandre le Grand. Les historiens ne connaissent pas avec certitude l'identité de sa mère. Seule reine ptolémaïque à émettre des monnaies en son propre nom, elle y apparaît avec des traits marqués, très différents des portraits sculptés plus lisses et sans doute idéalisés. Au XXe siècle, Hollywood lui donne successivement les visages de Theda Bara (1917), de Claudette Colbert (1934) et d'Elizabeth Taylor (1963).
Exodus, le « whitewashing » au cinéma
En 2014, le film Exodus : Gods and Kings, réalisé par Ridley Scott, confie les rôles principaux d'Hébreux et d'Égyptiens à quatre acteurs blancs, dont celui de Ramsès II. Le film est accusé de « whitewashing », c'est-à-dire de confier à des acteurs blancs des rôles de personnages qui ne l'étaient pas. Il est interdit en Égypte et aux Émirats arabes unis pour des « inexactitudes historiques ».
Notre regard
Ces histoires ne racontent pas un complot, mais une habitude : chaque époque peint le passé avec ses propres yeux. Redonner un nom, un visage, une histoire à ceux qu'on a effacés, c'est rendre l'histoire plus juste pour tous. Et vous, quel visage de l'histoire africaine mérite d'être enfin montré tel qu'il était ?
Sources et crédits photo
- Wikipédia (anglais) : Saint Maurice
- Wikipédia (anglais) : Juan de Pareja
- Wikipédia (anglais) : Portrait of Juan de Pareja
- Wikipédia (anglais) : Thomas-Alexandre Dumas
- Wikipédia (anglais) : Cleopatra
- Wikipédia (anglais) : Exodus: Gods and Kings
Photo : Diego Velázquez · domaine public, via Wikimedia Commons · photo d'illustration
Cet article a été rédigé avec l'aide d'une intelligence artificielle à partir des sources citées.
