13 octobre 1961 : Louis Rwagasore abattu quinze jours après avoir pris la tête du Burundi

Le 13 octobre 1961, le prince Louis Rwagasore dîne en terrasse de l'hôtel Tanganyika, à Usumbura, l'actuelle Bujumbura, entouré d'amis et de ministres. Un tireur embusqué à une vingtaine de mètres l'atteint à la gorge. Le Premier ministre du Burundi meurt sur place, à 29 ans, quinze jours après son entrée en fonction.
Un prince qui choisit le camp des colonisés
Le plus lu du momentLe Bénin réclame 35 nouveaux biens culturels à la France, dont le dieu Gou retenu au Louvre →Né le 10 janvier 1932 à Gitega, fils aîné du mwami Mwambutsa IV, formé au Rwanda puis à l'université d'Anvers, Rwagasore renonce à la chefferie que lui offre son père pour le combat nationaliste. Il fonde l'Uprona, reconnue le 7 janvier 1960.
Son programme est frontal : au premier congrès du parti, en mars 1960, il réclame l'indépendance totale, appelle à boycotter les magasins belges et à refuser l'impôt. Il avait déjà heurté la tutelle en soutenant des coopératives paysannes censées rendre aux Burundais la maîtrise de leurs récoltes, rappellent l'historienne Christine Deslaurier et l'universitaire Domitien Nizigiyimana. Placé en résidence surveillée fin octobre 1960, il n'est libéré que le 9 décembre.
Une victoire écrasante, puis une balle
Le 18 septembre 1961, aux législatives supervisées par l'ONU, l'Uprona remporte 58 des 64 sièges. Le 28 septembre, 51 députés élisent Rwagasore Premier ministre au scrutin secret. Quinze jours plus tard, il est tué.
Le tireur, Ioannis Kageorgis, ressortissant grec, est arrêté en trois jours et fusillé le 30 juin 1962, la veille de l'indépendance. Les enquêteurs désignent comme commanditaires Jean-Baptiste Ntidendereza et Joseph Biroli, cadres du PDC, le parti rival soutenu par Bruxelles. Après l'annulation des premiers procès, un jugement du 27 novembre 1962 condamne cinq hommes à mort ; ils sont pendus en public le 15 janvier 1963.
Jusqu'où est allée la Belgique ?
Les historiens ne l'ont pas tranché. La commission envoyée par l'Assemblée générale de l'ONU écarta à l'époque toute complicité de l'administration coloniale. Mais l'ancien gouverneur Jean-Paul Harroy, dans ses mémoires de 1987, jugeait déraisonnable de nier un appui belge aux conjurés. Le sociologue Ludo De Witte, dans « Meurtre au Burundi » (2021), conclut à la complicité du résident Roberto Régnier, un témoin ayant affirmé que celui-ci avait dit, le 21 septembre 1961, qu'il fallait tuer Rwagasore. D'autres chercheurs, comme Helmut Strizek, y voient surtout une rivalité entre lignées nobles bezi et tare.
Le 14 octobre 2018, le gouvernement burundais a officiellement accusé la Belgique d'avoir commandité le meurtre. Aucune enquête n'a avancé depuis : comme pour Patrice Lumumba, tué neuf mois plus tôt, le dossier reste ouvert.
Au Burundi, Rwagasore fait l'objet d'un consensus rare dans une vie politique fracturée : son portrait orne les administrations, les billets et les timbres, et chaque 13 octobre, autorités, famille et société civile se retrouvent devant son mausolée de Bujumbura.
À retenir
Un chef de gouvernement élu à 29 ans par une majorité écrasante a été abattu quinze jours après son investiture, et soixante-cinq ans plus tard aucune justice n'a établi la part de l'ancienne tutelle belge dans le complot.
À lire aussi
Reçois l'actu africaine en direct sur ton téléphone
Gratuit, sans inscription : rejoins la chaîne Story Africa.
Cet article a été rédigé avec l'aide d'une intelligence artificielle à partir des sources citées ci-dessous.
Sources
- Louis Rwagasore — Wikipedia (notice encyclopédique détaillée)
- C. Deslaurier et D. Nizigiyimana, introduction à « Paroles et écrits de Louis Rwagasore » (IRD / Karthala-Iwacu, 2012)
- Ludo De Witte, « Meurtre au Burundi. La Belgique et l'assassinat de Rwagasore » — AfricaMuseum
- Hommage au prince Louis Rwagasore — Iwacu (Burundi)
- Louis Rwagasore — Wikipédia (fr)





