Maroc : Amnesty met en cause la DGST, 22 journalistes parmi les cibles identifiées de Pegasus

Des journalistes marocains ont décrit publiquement, dans un récit publié le 6 octobre 2026 par Al Jazeera, des années de filature et d'espionnage téléphonique, cinq jours après la sortie d'un rapport d'Amnesty International mettant en cause la Direction générale de la surveillance du territoire (DGST). Le document, intitulé « On commence par le verdict », a été publié le 1er octobre 2026 avec quatorze rédactions et le réseau Forbidden Stories.
Qui a été visé, selon Amnesty
L'organisation dit avoir analysé 103 numéros marocains apparaissant dans des données de fuite entre septembre et décembre 2017. Soixante-cinq appartenaient à la société civile : 34 défenseurs des droits humains, 22 journalistes et professionnels des médias, 5 avocats et 4 universitaires. Le reste se répartit entre 25 responsables politiques ou autorités, 5 diplomates et 8 autres profils, issus notamment du monde des affaires et religieux. Amnesty attribue à la DGST le déploiement du logiciel espion Pegasus, de la société israélienne NSO Group, entre 2017 et 2021, par compromission physique des appareils comme par attaques dites « zéro clic ».
Le récit d'un ancien agent
L'enquête s'appuie sur le témoignage d'un ancien employé de la DGST, désigné par le pseudonyme « Safir », ainsi que sur des analyses techniques et des entretiens avec dix personnes se disant ciblées. Selon ce récit, la surveillance numérique s'accompagnait de moyens très physiques : captation vidéo secrète dans des domiciles, des bureaux et des voitures, téléphones déjà infectés écoulés par des boutiques complices, voisins recrutés comme informateurs, et dispositifs de contrôle à distance dans des cybercafés.
Parmi les cas documentés figurent le journaliste Omar Radi, aujourd'hui en Allemagne, le militant Fouad Abdelmoumni, l'avocat des droits humains Abdessadak El Bouchattaoui et le journaliste exilé Hicham Mansouri. Le journaliste Taoufik Bouachrine décrit pour sa part un étouffement par accusations fabriquées et coupes de recettes publicitaires.
Rabat réclame des preuves
Les autorités marocaines ont rejeté les accusations d'Amnesty et exigé des éléments matériels, rapporte Al Jazeera, qui indique n'avoir obtenu aucune réponse à ses demandes de commentaire. Amnesty affirme avoir écrit aux autorités quatre semaines avant publication sans recevoir de réponse. Le Maroc a démenti à plusieurs reprises, depuis l'affaire Pegasus de 2021, utiliser des logiciels espions contre des journalistes.
Ces faits ne sont, à ce stade, établis par aucune juridiction, et les personnes mises en cause bénéficient de la présomption d'innocence. Mais le dossier dépasse un seul pays : la surveillance commerciale vendue aux États touche plusieurs capitales africaines, et ses premières victimes y sont souvent des journalistes et des avocats. Défendre la liberté de la presse sur le continent suppose d'exiger des comptes aussi bien aux fournisseurs de ces outils qu'aux pouvoirs africains qui les achètent.
Reçois l'actu africaine en direct sur ton téléphone
Gratuit, sans inscription : rejoins la chaîne Story Africa.
Cet article a été rédigé avec l'aide d'une intelligence artificielle à partir des sources citées ci-dessous.
