1822 : le jour où les hiéroglyphes ont reparlé, après quatorze siècles de silence

Le 27 septembre 1822, à Paris, devant l'Académie royale des inscriptions et belles-lettres, un texte est lu : l'écriture des anciens Égyptiens vient d'être déchiffrée. Son auteur, Jean-François Champollion, a 31 ans. Sa lettre est adressée à Bon-Joseph Dacier, secrétaire perpétuel de l'Académie ; selon la BnF, elle est datée du 22 septembre.
Champollion démontre que les hiéroglyphes ne sont pas un code mystique, mais un système à la fois figuratif, symbolique et phonétique. Il y parvient en croisant la pierre de Rosette et l'obélisque de Philae, où le cartouche de Cléopâtre livre des équivalences décisives. Le Britannique Thomas Young l'avait précédé avec des résultats partiels ; Champollion reconnaîtra son antériorité en 1831.
Une pierre arrachée à Rachid
L'objet qui rend tout possible n'est pas français : il est égyptien. La pierre de Rosette est mise au jour en juillet 1799 près de Rosette — l'actuelle Rachid, dans le delta du Nil — par l'officier Pierre-François Bouchard, pendant l'expédition de Bonaparte. Ce bloc de granodiorite d'environ 760 kilos porte un décret de 196 avant notre ère, sous Ptolémée V, gravé en hiéroglyphes, en démotique et en grec ancien.
Après la capitulation française du 30 août 1801, les Britanniques s'en emparent. Exposée au British Museum dès juin 1802, elle y est aujourd'hui l'objet le plus visité. Elle n'a jamais revu l'Égypte.
« Un butin de guerre »
En novembre 2022, deux pétitions égyptiennes ont réclamé son retour : celle de l'archéologue Monica Hanna a réuni 4 200 signatures, celle de Zahi Hawass, ancien ministre des Antiquités, plus de 100 000. Les textes qualifient la saisie d'« acte de pillage ». Le British Museum répond que l'accord de 1801 fut signé par un amiral ottoman et qu'aucune demande officielle du Caire ne lui est parvenue ; les Égyptiens objectent que leur pays, alors sous domination ottomane, n'y était pas représenté. Le musée détient plus de 100 000 pièces égyptiennes et soudanaises.
Rendre les pharaons à l'Afrique
Ce que ce 27 septembre a ouvert, c'est l'accès direct à des millénaires de textes écrits sur le sol africain, après quatorze siècles de silence : la dernière inscription hiéroglyphique connue date de 394 apr. J.-C., à Philae. Le Sénégalais Cheikh Anta Diop (1923-1986) en a tiré une bataille scientifique, de « Nations nègres et culture » (1954) à son chapitre « Origine des anciens Égyptiens » dans l'Histoire générale de l'Afrique publiée par l'UNESCO en 1984. Ses conclusions restent débattues : l'historien François-Xavier Fauvelle lui reproche, selon Jeune Afrique, de faire « parler certains faits pour démontrer une conviction ».
À retenir
Le 27 septembre 1822, Champollion rend la parole à l'Égypte ancienne grâce à une pierre trouvée à Rachid, toujours exposée à Londres. Déchiffrer une civilisation africaine et la posséder sont deux choses distinctes : la seconde reste une question de justice.
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Cet article a été rédigé avec l'aide d'une intelligence artificielle à partir des sources citées ci-dessous.
Sources
- BnF Essentiels — Lettre à M. Dacier
- Bernard Mathieu, Champollion et le déchiffrement (Académie des sciences et lettres de Montpellier, 2022)
- Africanews — Les Égyptiens appellent à la restitution de la pierre de Rosette
- Al Jazeera — « Act of plunder » : Egyptians want the Rosetta Stone back
- Jeune Afrique — Cheikh Anta Diop, l'homme qui a rendu les pharaons à l'Afrique