Guinée, 2009 : le massacre du stade du 28-Septembre et le procès qui a jugé un ex-président

Le 28 septembre 2009, à Conakry, les forces de sécurité de la junte guinéenne ont ouvert le feu sur un rassemblement pacifique de l'opposition réuni dans le stade du 28-Septembre. La commission d'enquête mandatée par les Nations unies a documenté « au moins 156 disparitions ou décès » et au moins 109 femmes et filles victimes de violences sexuelles, concluant à une forte présomption de crimes contre l'humanité. Dix-sept ans plus tard, cette journée reste l'une des plus sombres de l'histoire de la Guinée indépendante — et l'une des rares où la justice africaine a fini par condamner un ancien chef d'État chez lui.
Un stade qui porte le nom d'un « non »
Le lieu n'avait rien d'anodin. Le stade de Conakry, construit en 1964, tire son nom du 28 septembre 1958 : ce jour-là, les Guinéens votaient massivement « non » au référendum sur la Communauté française, ouvrant la voie à l'indépendance proclamée le 2 octobre 1958, la première d'une colonie française d'Afrique subsaharienne. En choisissant cette date et ce stade, les « forces vives » de l'opposition entendaient rappeler ce refus historique pour s'opposer à la candidature annoncée du capitaine Moussa Dadis Camara, arrivé au pouvoir par un coup d'État en décembre 2008 après la mort de Lansana Conté, et qui avait promis de ne pas se présenter à la présidentielle de 2010.
Les bilans divergent. La FIDH a compté 157 morts, environ 1 500 blessés, 89 disparus et 109 femmes violées, chiffres repris par Jeune Afrique ; le gouvernement de l'époque n'a reconnu que 57 morts. Les enquêteurs onusiens ont établi que des corps avaient été enterrés dans des fosses communes, ce qui rend tout décompte définitif impossible.
Treize ans d'attente, puis un verdict historique
Le procès ne s'est ouvert que le 28 septembre 2022, jour du treizième anniversaire du massacre, devant un tribunal guinéen. Onze accusés y ont comparu et plus d'une centaine de victimes ont été entendues. Le 31 juillet 2024, le verdict est tombé : selon Human Rights Watch, Moussa Dadis Camara et le colonel Moussa Tiégboro Camara ont été condamnés à 20 ans de prison, l'ancien aide de camp Aboubacar « Toumba » Diakité à 10 ans, cinq autres accusés à des peines allant de 10 ans à la perpétuité, et quatre hommes ont été acquittés. Des réparations comprises entre 1 et 3 milliards de francs guinéens ont été accordées aux victimes.
C'était la première fois qu'une juridiction guinéenne jugeait des crimes contre l'humanité. Longtemps réclamé par les associations de victimes, ce procès a montré qu'un appareil judiciaire africain pouvait tenir ses propres dirigeants pour comptables de leurs actes, sans attendre un tribunal étranger.
Une grâce qui rouvre la blessure
La suite a douché cet espoir. Le 28 mars 2025, la présidence guinéenne a annoncé par décret que le chef de l'État Mamadi Doumbouya accordait une grâce à Moussa Dadis Camara pour des « raisons de santé », alors que celui-ci avait fait appel et attendait son procès en appel. La FIDH, l'Organisation guinéenne de défense des droits humains et l'Association des victimes du 28 septembre (Avipa) ont dit leur « profonde indignation ». Pour Drissa Traoré, secrétaire général de la FIDH, cette grâce « envoie un signal désastreux ». Les familles ont appris presque en même temps l'inscription de leurs réparations au budget national et la libération du principal condamné.
À retenir
Le 28 septembre est une date double pour la Guinée : celle du « non » de 1958 qui lui a ouvert l'indépendance, et celle du massacre de 2009. Le procès de 2022-2024 a prouvé qu'une justice africaine pouvait condamner les crimes d'un pouvoir africain ; la grâce de 2025 rappelle qu'une condamnation ne vaut que si elle est appliquée jusqu'au bout.
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Cet article a été rédigé avec l'aide d'une intelligence artificielle à partir des sources citées ci-dessous.
Sources
- HCDH : la Haute-Commissaire par intérim salue l'ouverture du procès du massacre de 2009 en Guinée
- Human Rights Watch : Guinée, verdict historique dans le procès du massacre du stade
- FIDH : la grâce accordée à Moussa Dadis Camara, un affront à la justice et à la mémoire des victimes
- Jeune Afrique : Guinée, le lundi noir du 28 septembre 2009
- Wikipédia : Stade du 28 Septembre (Conakry)