Eséka, dix ans après : 79 morts, un procès en appel jamais jugé et des familles sans dépouille

Le Cameroun a commémoré le 21 octobre 2026, à Eséka, Yaoundé et Douala, les dix ans de la pire catastrophe ferroviaire de son histoire. Le 21 octobre 2016, le train Intercity n° 152 de Camrail, qui reliait Yaoundé à Douala, déraillait près de la gare d'Eséka, à une centaine de kilomètres de la capitale : 79 morts et plus de 500 blessés, selon le bilan rapporté par RFI, 82 décès selon les services du Premier ministre cités par AfricActu.
Ce jour-là, la route principale entre les deux villes était coupée et la gare était prise d'assaut. Camrail avait ajouté des voitures à la rame, qui en comptait dix-sept. Selon le rapport d'enquête, le train roulait à 96 km/h sur une portion limitée à 40 km/h. Le document pointe aussi la surcharge du convoi, une rallonge inappropriée de la rame, des wagons aux freins défaillants, et le fait que la hiérarchie de l'entreprise avait écarté les réserves exprimées par le conducteur avant le départ.
Le plus lu du momentLe koshari, plat national de l'Égypte : une histoire à plusieurs mains, et sa recette →Une condamnation en 2018, puis l'attente
Le 26 septembre 2018, le tribunal de première instance d'Eséka a reconnu Camrail, alors filiale du groupe Bolloré, et onze de ses employés coupables d'homicide et de blessures involontaires. L'ancien directeur général a été condamné à six mois de prison avec sursis, les autres responsables à des peines de trois à cinq mois avec sursis. Le conducteur, en fuite, a écopé de cinq ans de prison ferme.
Camrail a fait appel et contesté la qualité des expertises techniques. En octobre 2026, dix ans après les faits et huit ans après le jugement, ce procès en appel n'a toujours pas été examiné. L'entreprise affirme avoir versé 98 % des indemnisations ; les avocats des victimes jugent les montants insuffisants et certaines familles disent n'avoir rien reçu. Bolloré a cédé ses activités de transport et de logistique africaines à l'italo-suisse MSC en 2022, ce qui n'éteint pas les procédures.
« Depuis cet accident, ma vie n'existe plus »
Dix ans plus tard, ce sont les survivants qui portent la mémoire. Eugénie, 39 ans, vit avec des fractures et des séquelles qui lui ont coûté son autonomie : « Depuis cet accident, ma vie n'existe plus », confie-t-elle à RFI. Arnaud, qui se trouvait dans l'avant-dernier wagon, dit n'avoir jamais oublié les corps aperçus dans le sien.
L'avocat Thomas Dissakè, lui, cherche toujours la dépouille de son épouse, la notaire Dorette Dissakè, dont le corps n'a jamais été retrouvé. Avec Camrail et le ministère des Transports, il a fait sonder le sol d'Eséka, puis une exhumation dans la région du Centre s'est révélée infructueuse. « Sur quelle base pouvons-nous faire notre deuil ? », demande-t-il.
Eséka n'est pas une fatalité : c'est une chaîne de décisions humaines, documentée par une enquête publique et sanctionnée par un tribunal camerounais. Ce qui reste en suspens est le droit le plus élémentaire des familles — une décision définitive, une réparation à la hauteur, et pour certaines une tombe. Dix ans d'attente d'un appel ne sont pas un détail de procédure : c'est la justice elle-même qui s'éloigne.
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Cet article a été rédigé avec l'aide d'une intelligence artificielle à partir des sources citées ci-dessous.


