Somalie : 84 frappes américaines en neuf mois, et des familles du Bas-Juba sans réponse

Les États-Unis ont mené au moins 84 frappes aériennes en Somalie entre janvier et septembre 2026, selon les communiqués publics du commandement américain pour l'Afrique (AFRICOM) ; la fondation New America en compte 88 sur la même période. Dans une enquête publiée le 20 octobre 2026, Al Jazeera a recueilli les témoignages de familles du Bas-Juba qui disent attendre encore qu'on leur explique ce qui est tombé sur leurs maisons.
Un rythme quatre fois supérieur à la période précédente
Le plus lu du momentCEDEAO-AES : premier face-à-face ministériel à Dakar, des groupes de travail pour un accord-cadre →Selon Anna Zahn, de l'organisation de suivi Airwars, les frappes menées sous le second mandat de Donald Trump égalent presque le total de son premier mandat, soit environ quatre fois le rythme de la présidence Biden. David Sterman, de New America, observe que ces frappes ont d'abord visé l'affilié du groupe État islamique dans le nord du pays début 2025, avant de se recentrer vers le sud au cours de l'année 2026.
Airwars estime qu'au moins 216 civils ont été tués ou blessés par des frappes américaines en Somalie entre 2007 et la fin du mois de mai 2025. L'organisation présente ce chiffre comme un minimum, et il est antérieur aux opérations menées autour de Jamaame.
Jamaame, novembre 2025 : deux décomptes qui ne se recoupent pas
Washington a reconnu avoir mené des frappes dans la zone de Jamaame les 14 et 15 novembre 2025. Un réseau de surveillance piloté par le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés a recensé 12 civils tués entre le 16 et le 18 novembre 2025 lors des combats et des frappes dans ce secteur, et 22 800 personnes en fuite sur ces trois jours, un déplacement qu'il qualifie de « rapide et généralisé ». Les autorités du Jubaland ont pour leur part annoncé au moins 56 combattants d'Al-Shabab tués et 20 capturés, des chiffres qu'Al Jazeera indique ne pas avoir pu vérifier.
AFRICOM a répondu que les signalements évoquant 10 à 12 civils tués à Jamaame n'atteignaient pas son seuil d'attribution, formulé comme « plus probable qu'improbable ». Le commandement n'a pas communiqué le nombre de frappes ni de munitions employées, invoquant la sécurité opérationnelle, et n'a pas détaillé les éléments de son évaluation, qu'il dit fondée sur des renseignements en grande partie non publics. Il n'a pas précisé si ses enquêteurs avaient parlé aux familles concernées, mais a indiqué que l'évaluation pourrait être réexaminée si de nouveaux éléments apparaissaient.
Les familles racontent, et paient
Maryam Haji Abdi Guled raconte que son fils Abdiqadir Salah, alors âgé de sept ans, a été blessé par des éclats près de la hanche lors d'une attaque contre leur maison qu'elle attribue à des drones américains. L'enfant a été opéré à Mogadiscio en septembre 2026, après une collecte de fonds lancée par le Guardian, mais un fragment n'a pas pu être retiré en raison d'un risque de paralysie. Ali Aden Borrow, agriculteur de 52 ans, a perdu son épouse enceinte et l'enfant qu'elle portait ; il dit s'être endetté et n'avoir reçu presque aucune aide extérieure. Nuur Ali Nuur décrit une épouse paralysée des membres inférieurs, sans les moyens de la faire soigner rapidement dans un établissement mieux équipé. Ugaas Ahmed Ugaas Said Ali, chef du clan Bimaal, affirme que de nombreux blessés n'ont jamais atteint la capitale.
Mogadiscio entre dépendance et malaise
Le 13 septembre 2025, une frappe près de Badhan, dans le nord, a tué Omar Abdullahi, un notable de clan qu'AFRICOM a ensuite présenté comme un trafiquant d'armes d'Al-Shabab. La police judiciaire du Puntland affirme qu'il n'avait aucun casier judiciaire. Le ministre somalien de la Défense, Ahmed Moallim Fiqi, a contesté cette mort devant le Parlement, estimant que l'homme aurait pu être interrogé plutôt que visé. Le président Hassan Sheikh Mohamud avait pourtant déclaré en septembre 2025 que le soutien militaire américain était devenu « plus important et bien plus facile » à obtenir.
Un responsable de la sécurité nationale, Ahmed Suleiman Hussein, avait écrit en mai que les dommages causés aux civils risquaient d'alimenter le recrutement d'Al-Shabab et du groupe État islamique ; la Somalie s'est depuis dotée d'une politique nationale de protection des civils. La stratégie antiterroriste américaine de 2026 a par ailleurs rendu aux commandants militaires le pouvoir d'approuver les frappes, mettant fin à la procédure centralisée de l'ère Biden. La loi américaine autorise jusqu'à 3 millions de dollars par an de versements discrétionnaires pour dommages civils, et le général Dagvin Anderson, commandant d'AFRICOM, a affirmé en juillet à Mogadiscio que son armée avait commis des erreurs et « versé des réparations ».
Reste la question que posent ces familles, et que l'enquête d'Al Jazeera laisse ouverte : devant quelle juridiction, somalienne ou américaine, un civil africain tué par une frappe étrangère obtient-il réparation. Le ministère somalien de la Défense n'a pas répondu aux sollicitations du média qatari.
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Cet article a été rédigé avec l'aide d'une intelligence artificielle à partir des sources citées ci-dessous.


