27 octobre 1971 : le Congo devient le Zaïre, une décolonisation des noms et rien d'autre

Le 27 octobre 1971, le président Mobutu Sese Seko annonce que la République démocratique du Congo s'appelle désormais République du Zaïre. Le pays, le fleuve et la monnaie portent le même nom : les « trois Z ». Cinquante-cinq ans plus tard, ce jour reste très commenté : une décolonisation par les mots, posée par un régime qui verrouillait tout le reste.
Un nom africain passé par les navires portugais
Le plus lu du momentGabon : les réseaux sociaux rouvrent après huit mois de blocage, mais il faudra montrer sa pièce d'identité →Le mot « Zaïre » vient du fleuve : d'après la notice encyclopédique consacrée au pays, c'est une déformation portugaise du kikongo « nzadi », traduit par « le fleuve qui avale tous les fleuves ». Le nom présenté comme le plus authentique du continent arrivait donc par la bouche des marchands européens.
Le geste ne sortait pas de nulle part : l'« authenticité » était doctrine officielle depuis le manifeste de la N'sele, en mai 1967. Léopoldville était devenue Kinshasa en 1966, Stanleyville Kisangani, Élisabethville Lubumbashi ; en 1972, le Katanga fut rebaptisé Shaba. Effacer de la carte les noms des rois et officiers belges était une revendication de dignité largement partagée en Afrique.
Le 2 janvier 1972, la campagne franchit un cap : les Zaïrois portant un prénom européen ou chrétien doivent en changer. Mobutu devient Mobutu Sese Seko Kuku Ngbendu Wa Za Banga, et le costume cède la place à l'abacost, contraction de « à bas le costume ».
Les noms changent, le pouvoir se referme
À l'élection présidentielle de 1970, dans un pays à parti unique, Mobutu obtient plus de 10 131 000 voix contre 157. Le 30 novembre 1973, il annonce la « zaïrianisation » : fermes, plantations et commerces doivent revenir aux « fils du pays ». Dans les faits, selon une étude historique reprise par GlobalSecurity, environ 300 personnes se partagent l'essentiel, surtout des cadres du parti et du gouvernement.
Les conséquences furent lourdes, selon la même source : commerces désorganisés, licenciements, pénuries, plantations presque à l'arrêt. En novembre 1975, un comité organise la rétrocession et les anciens propriétaires étrangers récupèrent jusqu'à 60 % du capital. La souveraineté économique proclamée s'était muée en redistribution entre proches du régime.
Ce que les historiens discutent
L'évaluation de la période n'est pas unanime. Les travaux de l'historien Benoît Henriet, publiés en 2022 dans le Journal of Eastern African Studies et référencés par la bibliothèque de la Commission de l'Union africaine, montrent qu'à l'université de Lubumbashi des chercheurs ont mené une véritable décolonisation du savoir, tantôt proche de l'authenticité officielle, tantôt en conflit avec elle.
Le nom aura vécu vingt-six ans : le 21 mai 1997, quatre jours après le départ de Mobutu, Laurent-Désiré Kabila rétablit la République démocratique du Congo.
Le nom aura vécu vingt-six ans : le 21 mai 1997, quatre jours après le départ de Mobutu, Laurent-Désiré Kabila rétablit la République démocratique du Congo.
Rebaptiser un pays, un fleuve et une monnaie ne décolonise rien si les citoyens n'ont ni élections libres ni contrôle sur leurs ressources. La souveraineté se mesure aux droits des peuples, pas aux symboles.
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Cet article a été rédigé avec l'aide d'une intelligence artificielle à partir des sources citées ci-dessous.


