Ruth First, la journaliste que l'apartheid n'a jamais réussi à faire taire

Elle n'a jamais porté d'arme. Son arme, c'était l'enquête, l'écriture et le refus de se taire. Ruth First, journaliste et chercheuse sud-africaine, a payé de sa vie son combat contre l'apartheid. Voici son histoire, telle que la racontent ses biographies et ses propres livres.
Une enfance dans une maison militante
Le plus lu du momentGabon : les réseaux sociaux rouvrent après huit mois de blocage, mais il faudra montrer sa pièce d'identité →Heloise Ruth First naît le 4 mai 1925 à Johannesburg. Ses parents, Julius First et Matilda Leveta, sont arrivés enfants en Afrique du Sud, l'un de Lettonie, l'autre de Lituanie. Tous deux militent et figurent parmi les fondateurs du Parti communiste sud-africain. Ruth grandit avec son frère Ronald dans le quartier de Kensington, dans une maison où la politique est partout ; à 14 ans, elle fréquente déjà un club de lecture de jeunes militants.
La première de sa famille à l'université
Après le lycée de jeunes filles de Jeppe, elle devient la première de sa famille à entrer à l'université. Elle obtient en 1946 une licence de sciences sociales à l'université du Witwatersrand, avec mention en anthropologie, en histoire économique et en sociologie. Sur le campus, elle participe à la fondation d'une fédération d'étudiants progressistes et croise Nelson Mandela, futur président de l'Afrique du Sud, et Eduardo Mondlane, futur dirigeant du Frelimo au Mozambique.
Une journaliste contre la censure
Après un premier poste aux services sociaux de la ville de Johannesburg, elle devient rédactrice en chef du journal The Guardian, interdit par l'État puis contraint de changer de nom à plusieurs reprises. Par ses enquêtes, elle dénonce la ségrégation raciale qui frappe les Noirs, renforcée après l'arrivée au pouvoir du Parti national en 1948. En 1949, elle épouse Joe Slovo, militant comme elle ; ils auront trois filles. En 1955, elle prend la direction de la revue Fighting Talk.
La Charte de la liberté
Ruth First fait partie du comité de rédaction de la Charte de la liberté, un texte majeur de la lutte contre l'apartheid, présenté le 25 juin 1955 au Congrès du peuple, à Kliptown. Mais, frappée d'une mesure d'interdiction, elle ne peut pas assister à sa présentation.
Accusée de trahison
En 1956, elle fait partie des 156 militants arrêtés et accusés de haute trahison, parmi lesquels Nelson Mandela. Ses propres écrits sont utilisés comme preuves par l'accusation. Après quatre années de procès et de pressions, tous sont acquittés. Après le massacre de Sharpeville, en 1960, elle est inscrite sur la liste des personnes interdites : elle ne peut plus ni se réunir, ni publier, ni être citée. Elle fuit un temps au Swaziland avec ses enfants, avant de revenir clandestinement à Johannesburg. En 1961, elle enquête en Namibie et en tire son premier livre, « South West Africa ».
117 jours à l'isolement
En 1963, la police l'arrête dans la grande salle de la bibliothèque du Witwatersrand. Elle est détenue à l'isolement, sans inculpation, pendant 117 jours, en vertu de la loi permettant d'emprisonner sans procès pour 90 jours renouvelables. Elle est la première femme blanche détenue sous cette loi. Interrogée à de nombreuses reprises, elle ne livre aucune information sur ses camarades. Libérée le 7 novembre 1963, elle est arrêtée de nouveau aussitôt, puis relâchée sans charges le 4 décembre. Elle racontera cette épreuve dans « 117 jours », publié en 1965.
L'exil et la recherche
En mars 1964, elle part en exil à Londres, où elle s'engage dans le mouvement britannique contre l'apartheid. Elle édite les biographies de Nelson Mandela, de Govan Mbeki et d'Oginga Odinga, et parcourt l'Afrique de 1964 à 1968 pour étudier les luttes pour l'indépendance, de l'Algérie au Nigeria. En 1970, elle publie « The Barrel of a Gun », une analyse du pouvoir et des coups d'État en Afrique. Chercheuse reconnue, elle enseigne à l'université de Manchester puis, de 1973 à 1978, à celle de Durham.
En novembre 1978, elle devient directrice de la recherche du Centre d'études africaines de l'université Eduardo Mondlane, à Maputo, au Mozambique.
Le colis piégé
Le 17 août 1982, dans son bureau de l'université, elle ouvre un colis piégé envoyé sur ordre de Craig Williamson, un commandant de la police sud-africaine. Une collègue présente ce jour-là, l'anthropologue Bridget O'Laughlin, témoignera plus tard devant la Commission vérité et réconciliation. Le 24 août 1982, des présidents et des ambassadeurs de 34 pays assistent à ses funérailles à Maputo.
Ses mots
Dans « The Barrel of a Gun » (1970), elle écrivait : « Le colonialisme reposait sur le commandement autoritaire ; il était donc incompatible avec toute préparation à l'autonomie », et ailleurs : « On gouvernait non seulement sans le peuple, mais malgré lui » (traduits de l'anglais). Des phrases qui disent sa conviction : la liberté ne se décrète pas, elle se prépare.
Notre regard
Ruth First rappelle que la lutte contre l'apartheid a aussi été menée avec des stylos, des carnets et des enquêtes. Elle a choisi de raconter ce que le pouvoir voulait cacher, et l'a payé de sa liberté puis de sa vie. Aujourd'hui, partout en Afrique, des journalistes continuent ce travail. Les lire, les soutenir et les protéger, c'est faire vivre son héritage.
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Cet article a été rédigé avec l'aide d'une intelligence artificielle à partir des sources citées ci-dessous.


