Mali : 89 civils tués par 49 frappes aériennes en cinq mois, HRW demande à l'Union africaine d'agir

Story Africa·19 octobre 2026·3 min de lecture
Partager WhatsApp FacebookXTelegram

Human Rights Watch (HRW) accuse l'armée malienne et ses alliés russes de l'Africa Corps d'avoir tué des civils en violation du droit de la guerre, dans un rapport publié le 19 octobre 2026. L'organisation met aussi en cause les groupes armés d'opposition et demande au Conseil de paix et de sécurité de l'Union africaine d'agir pour prévenir de nouvelles atrocités dans le centre et le nord du pays.

Les chiffres les plus parlants viennent de l'ONG Armed Conflict Location and Event Data (ACLED), citée par HRW : entre avril et août 2026, 49 frappes aériennes des forces maliennes et de l'Africa Corps ont tué 89 civils, contre 22 frappes et 44 morts sur la même période en 2025. Sur ces cinq mois, ACLED attribue 268 morts civiles aux forces armées maliennes et 134 au JNIM, groupe affilié à Al-Qaïda.

Le plus lu du moment« L'Afrique n'avait pas d'écriture » : faux, voici huit écritures africaines qui le prouvent →

Un centre de santé, un marché à bétail, un champ de riz

HRW documente plusieurs cas précis. Le 29 juillet 2026, à Talahandak, dans la région de Kidal, un drone d'attaque a partiellement détruit un centre de santé ; les témoins affirment qu'aucun combattant ne s'y trouvait. Le 19 août, à Tombonkore, région de Bandiagara, une frappe de drone sur un marché à bétail a tué six hommes et blessé au moins vingt personnes, plusieurs ayant dû être amputées. L'appareil aurait survolé le village une trentaine de minutes avant de frapper.

Le 12 juillet, à Niono, région de Ségou, des soldats ont tué cinq fillettes de 10 à 13 ans qui travaillaient dans un champ de riz, les prenant pour des assaillants. Les 27 et 28 juillet, à Djenné, région de Mopti, des miliciens Dozo alliés à l'armée ont tué trois hommes peuls, visés selon les témoins en raison de leur appartenance ethnique. HRW parle de dizaines de civils tués ou blessés lors d'attaques et en détention, « en toute impunité ».

Les insurgés aussi mis en cause

Le rapport n'épargne pas les groupes armés. Le 18 juillet 2026, à Tabrichat, région de Gao, le JNIM et le Front de libération de l'Azawad (FLA) ont attaqué un convoi militaire malien et russe. Au moins 19 soldats faits prisonniers ont été battus puis exécutés, selon des vidéos analysées par HRW et Amnesty International ; un survivant évoque plus de cinquante militaires portés disparus. Le comité de la charia du JNIM a reconnu les exécutions dans sa réponse du 30 septembre, tout en affirmant ne pas les avoir ordonnées et ne voir aucune raison de sanctionner leurs auteurs. Le porte-parole du FLA, Mohamed Elmaouloud Ramadane, a reconnu les combats le 20 septembre mais rejeté toute exécution.

Le rapport s'appuie sur trente entretiens menés entre le 30 juillet et le 20 septembre 2026, dont seize avec des témoins, sur deux vidéos vérifiées et géolocalisées et sur l'analyse de photos de débris de drone. L'Africa Corps, qui a succédé en 2025 au groupe Wagner sous contrôle de l'État russe, est décrit comme impliqué dans des frappes et des représailles contre des communautés accusées de collaborer avec les insurgés ; la Russie lui fournit drones et avions de combat.

Ce que HRW attend de l'UA

L'organisation demande au Conseil de paix et de sécurité de l'UA de convoquer une session consacrée à la protection des civils, d'adopter un communiqué condamnant les exactions de toutes les parties et d'exiger des enquêtes indépendantes, avec l'appui d'experts africains des droits humains. Un signe que la redevabilité peut se jouer dans les institutions du continent plutôt qu'ailleurs.

Côté malien, le ministère de la Défense n'a pas répondu au courrier de HRW du 5 août, selon l'organisation. L'état-major a présenté la frappe du 19 août comme un succès contre un « repaire terroriste », avec une vingtaine de combattants « neutralisés », ce que HRW dit ne pas pouvoir corroborer. Le parquet spécialisé antiterroriste aurait ouvert le 1er août une enquête sur les exécutions de Tabrichat, selon des médias cités dans le rapport. À Niono, des officiers se sont excusés auprès des familles, mais HRW n'a connaissance ni d'enquête ouverte ni de réparation proposée. Le Haut-Commissariat de l'ONU aux droits de l'homme avait condamné les exécutions de Tabrichat le 23 juillet.

Cet article t'a plu ? Fais-le tourner.

Partager WhatsApp FacebookXTelegram

Reçois l'actu africaine en direct sur ton téléphone

Gratuit, sans inscription : rejoins la chaîne Story Africa.

Cet article a été rédigé avec l'aide d'une intelligence artificielle à partir des sources citées ci-dessous.