Wole Soyinka, la plume que ni la prison ni l'exil n'ont fait taire

Il a connu la prison pour avoir demandé la paix, l'exil pour avoir défié un dictateur, et le prix Nobel pour avoir donné au théâtre africain une voix universelle. À 92 ans, Wole Soyinka reste l'une des grandes consciences du continent. Voici son histoire, telle que la racontent la Fondation Nobel, ses propres livres et les biographies de référence.
Une enfance à Aké
Le plus lu du moment« L'Afrique n'avait pas d'écriture » : faux, voici huit écritures africaines qui le prouvent →Akinwande Oluwole Babatunde Soyinka naît le 13 juillet 1934 à Aké, un quartier d'Abeokuta, dans l'ouest du Nigeria. Il est le deuxième des sept enfants de Samuel Ayodele Soyinka, pasteur anglican et directeur de l'école primaire Saint-Pierre, et de Grace Soyinka, commerçante et militante, issue de la famille Ransome-Kuti, l'une des plus influentes du pays. La famille est yoruba et chrétienne ; la culture yoruba, ses mythes et ses dieux nourriront toute son œuvre.
De 1940 à 1946, il fréquente l'école dirigée par son père, puis le lycée d'Abeokuta et le Government College d'Ibadan. Il racontera ces années dans « Aké, les années d'enfance », publié en 1981 et récompensé en 1983 par le prix américain Anisfield-Wolf.
L'Angleterre, puis le retour
Après des études de littérature anglaise, de grec et d'histoire à l'University College d'Ibadan (1952-1954), il part pour l'université de Leeds, en Angleterre, où il obtient sa licence en 1957. Il y dirige le magazine satirique des étudiants, enregistre pour la BBC et commence à écrire pour le théâtre : « The Swamp Dwellers » et « The Lion and the Jewel » (« Le Lion et la Perle »). En 1958-1959, il est lecteur de pièces au Royal Court Theatre de Londres, haut lieu du théâtre d'avant-garde.
En 1960, l'année de l'indépendance du Nigeria, une bourse de la fondation Rockefeller lui permet de rentrer étudier le théâtre africain. Il enseigne dans les universités d'Ibadan, de Lagos et d'Ifẹ, écrit des pièces jouées au Nigeria comme à Londres, et publie en 1965 son premier roman, « Les Interprètes ».
1965 : la première arrestation
Soyinka ne sépare jamais l'écriture de l'engagement. En 1964, il démissionne de l'université d'Ifẹ pour protester contre les pressions du pouvoir. En 1965, il est arrêté pour la première fois : on l'accuse d'avoir pris une station de radio sous la menace d'une arme et d'avoir remplacé le discours enregistré du chef de la région de l'Ouest par une bande dénonçant des fraudes électorales. Il est libéré après plusieurs mois de détention.
1967 : 22 mois de prison pour avoir demandé la paix
En 1966, après le coup d'État militaire, le Nigeria glisse vers la guerre civile. Soyinka, devenu professeur de théâtre à l'université d'Ibadan, rencontre en secret le chef de la région du Sud-Est pour tenter d'éviter le conflit, et appelle au cessez-le-feu dans un article. Pour cela, raconte la Fondation Nobel, il est arrêté en 1967, accusé de complicité avec les rebelles du Biafra, et détenu comme prisonnier politique pendant 22 mois, jusqu'en 1969.
La prison ne le fait pas taire. Dès sa libération, il publie à Londres ses « Poèmes de prison ». En 1972 paraît « The Man Died » (« L'homme est mort »), ses notes de détention. Le livre dérange : en 1984, un tribunal nigérian l'interdit.
L'exil et la scène
En 1971, inquiet de la situation politique, il quitte son poste à Ibadan et commence des années d'exil volontaire. À Paris, il joue sur scène le rôle de Patrice Lumumba, le Premier ministre congolais assassiné. À Cambridge, en 1973-1974, il écrit « Death and the King's Horseman » (« La Mort et l'Écuyer du roi »). Rédacteur en chef de la revue Transition à Accra, il y critique les régimes militaires et proteste contre la junte d'Idi Amin en Ouganda.
Revenu au Nigeria en 1975, il enseigne la littérature comparée à l'université d'Ifẹ jusqu'en 1999. En 1979, il met en scène et joue « L'Enquête Biko », consacrée au militant sud-africain Steve Biko, mort sous les coups de la police de l'apartheid.
1986 : le premier Africain prix Nobel de littérature
En 1986, l'Académie suédoise lui décerne le prix Nobel de littérature, pour une œuvre qui, « dans une large perspective culturelle et avec des accents poétiques, façonne le drame de l'existence » (traduit de l'anglais). Il devient le premier Africain à recevoir ce prix. Son discours de Stockholm, « Ce passé doit s'adresser à son présent », il le consacre à Nelson Mandela, alors toujours emprisonné en Afrique du Sud.
1994 : la fuite à moto
Le Nobel ne le protège pas. Sous la dictature du général Sani Abacha, il s'oppose ouvertement au régime. En novembre 1994, il quitte le Nigeria à moto par la frontière du Bénin, puis gagne les États-Unis. En 1997, le régime l'accuse de trahison. Pendant ces années, il préside le Parlement international des écrivains, créé pour défendre les auteurs persécutés. Il ne peut revenir au pays qu'après la mort d'Abacha, en 1998.
Ce qu'il croit
Toute sa vie, Soyinka a refusé de choisir entre l'art et le combat. Il a critiqué les dictatures militaires comme les gouvernements civils corrompus, en Afrique comme ailleurs. Dès 1962, il se méfiait aussi des slogans identitaires : « Un tigre ne proclame pas sa tigritude, il bondit », lançait-il à propos de la négritude, selon le critique Janheinz Jahn (traduit de l'anglais). Autrement dit : une identité se prouve par les actes.
Ce qu'il nous laisse
Trois romans, vingt-cinq pièces, sept recueils de poèmes, cinq livres de mémoires et des essais : une œuvre écrite en anglais, mais nourrie des mythes yoruba, d'Ogun, dieu du fer et de la guerre, au centre de son théâtre. En 2021, à 87 ans, il publie encore un roman, « Chronicles from the Land of the Happiest People on Earth ». Et une phrase, écrite en 1972 dans « The Man Died », qui résume toute sa vie : « L'homme meurt en tous ceux qui se taisent face à la tyrannie. »
Notre regard
On présente souvent les prix Nobel comme des consécrations tranquilles. Celui de Wole Soyinka est l'aboutissement d'une vie de risques : la prison, l'exil, l'accusation de trahison. Son histoire rappelle que la liberté d'écrire n'a jamais été offerte aux Africains, qu'elle a été arrachée. Et elle pose à chacun de nous une question simple : face à l'injustice, que faisons-nous de notre voix ?
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Cet article a été rédigé avec l'aide d'une intelligence artificielle à partir des sources citées ci-dessous.
Sources
- Fondation Nobel : Wole Soyinka, biographie (prix Nobel de littérature 1986)
- Fondation Nobel : Wole Soyinka, faits (motivation du prix)
- Wikipédia (anglais) : Wole Soyinka
- Wikiquote (anglais) : Wole Soyinka (citations et sources d'origine)
- Wole Soyinka, « The Man Died: Prison Notes », Harper & Row, 1972, p. 13


